L’éditorial par André Laignel

Mener la bataille culturelle

Dans quelques jours sera présenté le premier projet de loi de finances (PLF) de la nouvelle majorité. Comme il est de coutume désormais, les dispositions relatives aux collectivités locales seront, elles, dévoilées devant le Comité des finances locales (CFL) la veille de l’examen du budget en conseil des ministres. Les ministres désignés pour cet exercice sont dès lors attendus de pied ferme par les membres du CFL, car les diverses annonces concernant les finances locales n’ont pour l’instant suscité qu’interrogations et inquiétudes chez nos collègues. Il ne faut en effet pas s’attendre à des surprises dans les articles du PLF présentés mardi, le gouvernement ayant déjà largement révélé le contenu de sa feuille de route. Le menu est déjà connu. Il s’agit tout d’abord d’imposer une nouvelle baisse des ressources des collectivités, cette fois-ci de 13 milliards d’euros sur le quinquennat. Certes, cette énième tranche de baisse des dotations ne devrait pas concerner l’exercice budgétaire 2018. Mais cet apparent répit n’en est pas un : les collectivités sont invitées dès cette année à s’imposer à elles-mêmes une cure d’austérité en baissant leurs propres dépenses, à défaut de quoi le gouvernement… imposera une nouvelle baisse des dotations ! Par cet artifice grossier qui prétend nous faire négocier un « pacte » qui n’en est pas un, on se détourne de la seule question qui vaille : faut-il vraiment viser une nouvelle baisse des dépenses des collectivités ? Les chiffres du rapport de l’Observatoire des finances locales que j’ai présenté en début de mois démontrent clairement que la baisse des ressources des collectivités a gravement freiné l’investissement public local (-25 % pour le bloc communal en 3 ans), qui constitue un moteur puissant de notre économie. Sans parler de l’impact sur la qualité et le coût des services publics. De plus, cette obsession de la réduction de la dépense tend à nier l’extrême sérieux avec lequel les collectivités gèrent leurs budgets, alors que c’est uniquement grâce à elles que l’État a réduit son déficit l’an dernier. Enfin, et c’est peut-être le plus important, l’histoire du socialisme municipal nous oblige à mener farouchement la bataille culturelle pour défendre les vertus d’une dépense publique au service de valeurs. Soyons fiers de dépenser pour construire des crèches, pour proposer une offre culturelle de qualité, pour des loisirs accessibles à tous… bref pour tout ce qui améliore la vie de nos concitoyens.
André Laignel,
maire d’Issoudun,
1er vice-président de l’Association
des maires de France,
président du Comité des Finances locales