Henri Caillavet

Elu - Henri Caillavet« Figure éminente du radicalisme », comme l’a écrit Jean-Pierre Bel, le président du Sénat, Henri Caillavet est mort le 27 février dernier dans sa centième année. Député puis sénateur du Lot-et-Garonne, conseiller général d’Astaffort, il a longtemps été maire de Bourisp (Hautes-Pyrénées). Il a combattu toute sa vie pour la dignité humaine.

En 1947, il dépose une proposition de loi pour la légalisation de l’avortement. En 1949, une autre pour faire de l’insémination artificielle un moyen de procréation. Dès la Libération, à l’Assemblée nationale sous la IVe République puis au Sénat sous la Ve, Henri Caillavet n’aura eu de cesse de multiplier les propositions de loi pour faire progresser la dignité humaine. Sur le divorce par consentement mutuel, sur les greffes d’organes, sur la dépénalisation de l’homosexualité, sur les droits des transsexuels, sur l’internement psychiatrique, sur le droit de choisir les conditions de sa mort… À chaque fois, l’ancien résistant dans le réseau Combat, celui qui faisait passer des armes aux républicains espagnols, fera la démonstration de son sens de l’anticipation sur des sujets de société, avec parfois plusieurs décennies d’avance.

Jeune avocat élu à la Constituante au lendemain de la victoire, il sera membre de la Haute Cour de Justice chargée de juger les anciens responsables de Vichy. Plusieurs fois ministre sous les gouvernements de René Mayer et de Pierre Mendès France, il s’opposera au retour du général de Gaulle en 1958 et sera balayé comme d’autres par la vague gaulliste.

Il attendra 1967 pour redevenir parlementaire, cette fois au Sénat, où il siégera jusqu’en 1983. Cela est peu connu, mais il est l’auteur en 1978 de la proposition de loi sur la proportionnelle municipale que la gauche victorieuse en 1981 reprendra intégralement et fera appliquer dès 1983, permettant ainsi l’expression de l’opposition dans les conseils municipaux. Commencera ensuite pour Henri Caillavet une nouvelle vie au sein ou à la tête d’organismes comme la Commission pour le pluralisme de la presse, la Commission informatique et libertés, le Comité national d’éthique. Dans chacun d’entre eux, il fera la démonstration de sa capacité à réagir aux évolutions technologiques et scientifiques en mettant toujours en avant la dignité et la liberté de l’homme. Franc-maçon revendiqué, entré au Grand Orient de France en mai 1935, il sera de tous les combats contre la prétention des Églises de dénier à l’homme le choix de son destin et de la maîtrise de son corps. Il fut le co-fondateur avec Paul Ramadier de la Fraternelle parlementaire, qui réunit les membres des obédiences maçonniques des deux chambres du Parlement.

Noblesse de l’engagement

Proche des anarchistes dans sa jeunesse, radical-socialiste ensuite, il s’éloignera du Parti radical lors de la prise de pouvoir par Jean-Jacques Servan Schreiber pour devenir l’un des fondateurs puis vice-président du Mouvement des radicaux de gauche de 1973 à 1975. Il sera ensuite candidat aux élections européennes sur la liste de Simone Veil en 1979 mais retrouvera vite son camp, la gauche, en soutenant avec vigueur la candidature de François Mitterrand, de deux ans son cadet. Les deux hommes avaient partagé des responsabilités ministérielles sous la IVe République et s’estimaient mutuellement autant qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre une certaine méfiance…

« Par l’étendue de ses compétences comme par les fortes convictions qu’il a toujours eu à cœur de traduire dans l’action, Henri Caillavet a incarné l’engagement politique dans toute sa noblesse », relevait le président du Sénat Jean-Pierre Bel en exprimant sa « très grande peine » à l’annonce du décès de celui qui fut si longtemps élu, comme lui, des Pyrénées. De son côté, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a salué la mémoire « de ce grand parlementaire et notamment ses positions courageuses sur la fin de vie ainsi que son engagement dans la Résistance ».

Philippe Foussier