« Faire face à la crise de confiance pour reconstruire la politique autrement », par Marie-Guite Dufay

Marie-Guite DufayLe 13 décembre dernier, la gauche réunie au second tour des élections régionales a remporté 5 régions métropolitaines, déjouant ainsi les pronostics les plus négatifs nous concernant. La Bourgogne Franche-Comté fait partie des heureuses surprises de ce scrutin, au terme d’une triangulaire de second tour particulièrement serrée. Malgré l’absence de nos partenaires communistes et écologistes au second tour, la mobilisation de toute la gauche a permis de faire barrage au Front national, qui était aux portes du pouvoir. Cette mobilisation témoigne de notre capacité de résistance collective, mais cette élection s’inscrit dans le même temps dans un contexte de défiance citoyenne de plus en plus forte à l’égard des partis traditionnels et de la classe politique en général.

Cette extrême-droite, nous l’avons combattue, nous la combattons et nous la combattrons encore et toujours, car elle véhicule le repli sur soi et la peur de l’autre, des valeurs insupportables qui sont contraires à notre idéal et nos principes. Et le meilleur moyen de la combattre, c’est de reconquérir la confiance de nos concitoyens, ce qui suppose un renouvellement profond de nos pratiques politiques. Cet immense chantier de longue haleine nous oblige collectivement.

Nous avons pour notre part identifié en Bourgogne Franche-Comté deux outils concrets pour faire face à un tel défi.

Le cumul des fonctions exécutives, des mandats et des indemnités que ce soit au niveau national ou local, est l’un des facteurs de la défiance des citoyens à l’égard de la classe politique. C’est pourquoi j’ai imposé une charte éthique à tous les candidats de notre liste. Dans cette charte, il était demandé notamment aux vice-présidents de renoncer à une fonction dans un exécutif local d’une collectivité de plus de 10 000 habitants afin qu’il puisse s’investir pleinement au service de la nouvelle région. Le non-cumul s’est aussi imposé aux parlementaires, qui ne peuvent pas faire partie de l’exécutif, et nous avons étendu à tous les membres de la majorité l’obligation de publier les déclarations de patrimoines et d’intérêts.

L’autre action que je souhaite appliquer tout au long de mon mandat, je l’ai utilisé massivement lors de ma campagne électorale. Il s’agit des cafés-débats. Entre octobre et décembre, en Bourgogne et en Franche-Comté, nous avons organisé plus de 300 rencontres de ce type réunissant plusieurs milliers de participants avec pour vocation à la fois de rapprocher les citoyens des candidats et des élus, de créer du débat sur un thème précis et d’en faire ressortir des idées et des projets. Nous continuerons cette pratique pour continuer à réinvestir l’espace public avec ce que la politique peut avoir de plus noble.

Le défi est majeur. Il appartient à toute la gauche d’agir pour récréer ce lien de confiance perdu entre citoyens et élus. La lutte contre l’abstention et l’extrémisme passe par la multiplication de ce type d’initiatives. À nous de reconstruire la politique autrement.

Marie-Guite Dufay, présidente de la Région Bourgogne-Franche-Comté

Cet éditorial est extrait de la lettre n°243 du 31 janvier 2016