Editorial, par François Deluga

La nécessaire évolution du service public ne signifie pas moins de service public

La crise que traverse notre pays s’est ancrée dans nos territoires, dans les conditions de vie de chacun et interpelle l’ensemble des politiques publiques désormais conditionnées par des ressources amoindries.

Nous vivons aussi un moment d’évolution sociétale, d’un accès immédiat à l’information numérique et aux services, dont une des conséquences est l’accélération des décisions et une certaine tyrannie de l’instantanéité.

Ce moment de changement et donc de déséquilibre, est aussi un temps où la vérité n’est tristement plus qu’une opinion parmi d’autres.

Et la façon dont sont jugés aujourd’hui, service public, fonctionnaires territoriaux, élus locaux, me semble relever d’une certaine faillite intellectuelle, de cette facilité dans laquelle on juge mal pour éviter de comprendre et surtout de s’attaquer à la réalité de notre société.

Les élus croient au développement local et dans la capacité des territoires à inventer leur propre réponse. L’action publique locale constitue un puissant levier de développement et d’équilibre de nos territoires. Nous savons qu’elle est également un efficace moyen de réduction des inégalités.

Aussi, il faut comprendre que l’action publique locale ne peut se résumer à l’analyse comptable de son coût, en particulier pour les élus locaux qui année après année, votent des budgets en équilibre et rendent compte chaque semaine à leurs administrés.

Une vision financière qui exclurait l’utilité, pour le bien commun, de la production des services non marchand qu’élus locaux et fonctionnaires territoriaux délivrent n’aurait d’autres buts que d’affaiblir action et pouvoirs locaux pour in fine mieux les disqualifier.

La nécessaire évolution du service public ne signifie pas moins de service public. Les métiers exercés par les fonctionnaires locaux sont indispensables à la société.

Ils font aujourd’hui l’objet d’attaques injustes et injustifiées alors que leur présence est le gage d’un niveau de sécurité, de développement, de solidarité et de protection auquel les Français sont attachés.

Le statut général de la fonction publique incarne le « contrat » existant entre la Nation et ses agents. Il est une garantie de continuité, de probité, d’impartialité et de stabilité.

Ce qui doit guider notre ambition c’est la pertinence de nos actions et notre capacité collective à répondre aux enjeux sociétaux et aux besoins exprimés par nos concitoyens.

Je suis donc convaincu qu’il n’y aura pas de service public de qualité sans fonction publique de qualité et sans statut de la fonction publique.

François Deluga,
président du CNFPT