Editorial, par André Laignel

  Conférence des territoires : les collectivités à la diète

La conférence des territoires qui s’est tenue lundi au Sénat aura au moins une vertu : dissiper les derniers doutes sur l’orientation austéritaire du programme pour les collectivités locales de la nouvelle majorité. Certes, les associations d’élus locaux étaient pour une fois conviées à dialoguer avec le gouvernement sur une feuille de route quinquennale, répondant à une demande récurrente. Mais peut-on vraiment parler d’une négociation lorsque le point d’arrivée est déjà fixé et les termes du débat verrouillés ? Car les grandes tirades sur l’aménagement du territoire qui flattent les oreilles de tout élu local se fracassent vite sur le mur des contraintes budgétaires imposées par le nouveau pouvoir. Que valent les promesses sur l’autonomie quand on s’attaque aux moyens d’exercer nos libertés en supprimant des postes de fonctionnaires et en réduisant les ressources ?

Mal déguisé sous les atours d’un « pacte », l’objectif est annoncé : les collectivités devront réduire leurs dépenses de 13 milliards d’euros en 5 ans. Dans la pure logique comptable et aveugle propre à Bercy, cette cure d’amaigrissement ne tient absolument pas compte du chemin parcouru par les collectivités sur les 5 dernières années. Or celles-ci ont produit des efforts de gestion tels que leur solde est aujourd’hui positif ; elles ont d’ailleurs permis à elles seules de réduire le déficit public de l’État ! Cette baisse significative des dépenses publiques locales est avant tout le fruit d’une chute des investissements de 25 %, qui n’est pas sans conséquence sur la reprise de l’activité économique. Doit-on encore une fois rappeler qu’à l’inverse de l’État, les collectivités ne peuvent voter de budgets en déficit et que leur part dans la dette publique est inférieure à 10 % ?

Continuer à s’acharner sur le bon élève sans se poser la question de soutenabilité des efforts, c’est prendre le risque de mettre en péril des services essentiels à nos concitoyens, et donc la cohésion sociale dans tous les territoires. Le projet réitéré de suppression de la taxe d’habitation ne fait qu’aggraver le tableau. L’exécutif peine d’ailleurs à masquer son embarras face à une mesure de campagne, dont il ne sait comment la mettre en œuvre tant les solutions esquissées relèvent toutes du bricolage. Ajoutée à la réduction surprise du nombre d’élus locaux, la vision du gouvernement se dessine aujourd’hui clairement : les collectivités sont avant tout une charge qu’il convient d’alléger.

André Laignel,
maire d’Issoudun,
1er vice-président de l’Association
des maires de France