Edito du rédacteur en chef

Edito

Le partenariat s’impose

Un nouveau partenariat. C’est bien ce à quoi il convient de travailler dans le domaine des transports. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, le ministre en charge du dossier, Frédéric Cuvillier, le revendique, évoquant un dialogue basé sur la confiance et l’attention aux territoires. Un nouveau dialogue entre l’Etat et les collectivités locales, dans cette matière comme dans d’autres, était en effet attendu depuis des années. Il s’établit, il se construit, il est indispensable. Il s’agit d’abord de rompre avec les pratiques d’une droite qui a causé bien des dégâts en dix ans, dix ans d’une absence de vision politique doublée d’une incapacité à traiter les collectivités locales autrement qu’en les considérant comme des subordonnées faites pour obéir et pour payer.

Un nouveau partenariat aussi entre les collectivités locales elles-mêmes doit s’inventer. Les transports sont une préoccupation du quotidien pour nos concitoyens, c’est un euphémisme. Et le phénomène ne fait que s’amplifier. Qu’on en juge d’après les chiffres. Plus de 25 millions de personnes se déplacent chaque jour pour aller travailler, soit 3 millions de plus en  seulement 10 ans. Sur ceux-là, plus de 7,5 millions doivent se rendre hors de leur agglomération ou de leur canton de résidence, une augmentation de 25% en 10 ans. Et plus d’un million sont appelés à changer de région chaque jour, un phénomène qui a cru également de 27% durant la décennie écoulée. Une préoccupation quotidienne donc, ne serait ce que pour la moitié des habitants, qui y passent parfois beaucoup de temps et qui y consacrent aussi une part croissante de leurs revenus. Face à ces réalités, les responsables publics ont une responsabilité, qu’ils assument en général avec beaucoup d’efficacité. Le partenariat s’impose en effet dans ce domaine plus que dans aucun autre puisque les transports ont pour vocation de relier des hommes mais aussi des territoires entre eux. Et chaque niveau de collectivité a un rôle à jouer. La complémentarité s’impose, entre les modes de transports comme entre les strates de collectivités.

Harmonie sociale

Si les habitants modifient leurs comportements, les collectivités locales organisatrices des transports ont bien entendu le devoir de les accompagner pour répondre à la demande mais aussi de faire évoluer progressivement les modes d’utilisation. Les transports sont une clef essentielle de la structuration et de l’aménagement des territoires mais aussi et peut-être surtout de leur développement. Développement économique, mais aussi culturel, social, démographique… De ce point de vue, même si les problèmes ne se posent pas de la même manière pour tous les territoires, le désenclavement est réclamé tant par les habitants de zones rurales éloignées de pôles urbains que par ceux qui, dans certaines banlieues, vivent à juste titre leur éloignement des modes de transport comme une relégation. L’enfermement géographique n’est pas propice à l’harmonie sociale ni à la cohésion républicaine.

Inciter plutôt que dénoncer

S’agissant de l’évolution des comportements, les acteurs locaux ont en effet à accompagner une certaine demande. C’est ainsi que le covoiturage ou le transport à la demande s’inscrivent de plus en plus dans les stratégies globales des politiques locales de transports. On voit aussi que les efforts consentis pour le développement et la modernisation des réseaux de cars portent leurs fruits. On assiste à un renouveau du tramway, un mode de transport adapté aux agglomérations et qui rencontre partout un succès de fréquentation tout en remodelant le paysage des villes. Quant au ferroviaire, auquel ce trimestriel consacre plusieurs éclairages, on voit à quel point son maintien et son développement constituent des atouts majeurs pour le développement des territoires. Le trafic des TER, en augmentation sensible, démontre combien les calculs faits par certains penseurs de l’aménagement du territoire qui ne voyaient que par le TGV reliant une petite dizaine de métropoles entre elles pouvaient faire fausse route, si l’on peut dire. L’Insee l’a confirmé récemment : 20 millions d’habitants sont des ruraux. Eux-mêmes comme les territoires où ils résident ont le droit aussi à un développement et à une communication qui ne soient pas au rabais. Le maintien et la relance du réseau ferroviaire régional doit beaucoup, c’est peu de le dire, à l’engagement des collectivités locales depuis plus de 20 ans. Il est aussi de la responsabilité des pouvoirs publics au niveau national et européen d’en prendre toute la mesure en termes de soutien financier. Ce dossier consacre aussi quelques éclairages à d’autres modes de transports comme l’aérien et le fluvial et n’oublie pas la route, en particulier sous l’angle de la sécurité. Même si la mortalité routière a beaucoup diminué ces dernières années, il n’en demeure pas moins que les efforts doivent être maintenus pour faire baisser encore le nombre des tués et des blessés. Si les transports en commun sont les modes de transports les plus sûrs, ils sont aussi les plus vertueux en termes environnementaux. Ils constituent de ce fait une bonne vitrine quant au recours à des énergies moins polluantes. La transition énergétique passe aussi par là. Tout en se gardant d’une approche punitive vis-à-vis des modes de transports individuels, toute offre de transports en commun qui pourra en réduire le recours sera bienvenue. L’exemplarité et l’incitation sont bien meilleures conseillères que la dénonciation et l’anathème.

Philippe Foussier, Rédacteur en chef