Edito du rédacteur en chef

Edito

L’instrument de l’émancipation

La crise ne rend pas la culture moins nécessaire, elle la rend plus indispensable. La culture, ce n’est pas un luxe dont, en période de disette, il faudrait se débarrasser. La culture c’est l’avenir, c’est le redressement, c’est l’instrument de l’émancipation et le moyen de faire une société pour tous. Comme le disait Baudelaire : « Le meilleur témoignage que nous puissions donner de notre dignité, c’est la culture ».

« Et lorsqu’existe une tentation parfois redoutable de repli sur soi, lorsqu’émerge la peur de l’autre, lorsque le sentiment de déclin peut gagner les esprits, alors nous devons nous tourner vers la culture. C’est elle qui nous élève, qui nous construit, qui nous rassemble. C’est la raison pour laquelle je réaffirme que la culture doit être une priorité majeure, une ambition commune ». Ainsi s’exprimait François Hollande aux Biennales internationales du spectacle à Nantes le 19 janvier 2012.

Dans ce nouveau trimestriel, Communes de France propose à la fois, bien sûr, des éclairages sur des initiatives locales dont il est superflu de dire qu’elles sont foisonnantes. Mais avec le retour de la gauche aux responsabilités nationales, c’est aussi l’occasion de souligner l’indispensable partenariat entre l’État et le niveau local pour que la culture soit au cœur des politiques publiques, du sommet de l’État à la commune.

Respecter les acteurs locaux

Bien sûr, depuis 10 ans, et en particulier avec Nicolas Sarkozy pendant 5 ans, la droite n’a pas brillé par ses ambitions dans ce domaine. De ce point de vue, la sanction infligée par les électeurs à celui qui raillait les lecteurs de La Princesse de Clèves est une bonne nouvelle pour la culture. C’est le même qui plaçait le curé ou le pasteur au-dessus de l’instituteur, ce qui en dit long sur la distance qui le sépare de la plupart des responsables politiques, y compris de droite, qui considèrent comme François Hollande que la culture est un instrument d’émancipation.

Si la droite sarkoziste a, dans ce domaine comme dans d’autres, marqué une rupture avec un grand nombre des acquis républicains depuis la Libération, elle a aussi accumulé un lourd bilan en termes de respect des acteurs et des promoteurs de la culture. Les élus locaux, les collectivités locales ont été depuis toutes ces années montrés du doigt, stigmatisés, caricaturés. On s’en souvient, l’opération avait commencé avec la loi Raffarin du 13 août 2004 qui, après avoir transféré les personnels techniciens et ouvriers de l’Éducation nationale sans les moyens correspondant, fustigeait avec ses amis de l’UMP la croissance des effectifs des agents territoriaux. Des ministres de l’Intérieur ou en charge des collectivités locales se sont chargés pendant toutes ces années d’instruire le procès infondé des élus qui recruteraient à tour de bras pendant que l’État, lui, à coup de RGPP, préférait faire reculer les services publics et au public partout.

Effervescence dans les territoires

Le retour de la gauche aux responsabilités nationales permet de mettre en phase les aspirations et le volontarisme qui s’expriment au niveau local avec un gouvernement et une majorité qui respectent les élus et qui ont à cœur d’encourager les initiatives des communes, des intercommunalités, des départements et des régions. Car c’est en effet par la conjugaison, au début des années 80, d’une volonté nationale forte dans le cadre de la décentralisation et d’un investissement local considérable que le visage culturel de la France s’est profondément transformé. Pendant longtemps, on pouvait parler de Paris et d’un désert culturel français. Il n’est qu’à parcourir la France pour s’apercevoir que ces temps sont totalement révolus, que l’effervescence culturelle irrigue tout le territoire et que c’est d’abord et avant tout aux collectivités locales qu’on le doit, soit qu’elles aient imaginé elles-mêmes les formes de cette offre culturelle, soit qu’elles aient accompagné la demande émanant des artistes de tous domaines. Et malgré la crise, la demande demeure forte.

Les collectivités territoriales constituent, dans le domaine culturel aussi, une incomparable richesse pour notre pays. Et si la France est reconnue à travers le monde pour sa culture – qui fonde notamment son attractivité touristique – c’est largement aux collectivités locales qu’elle le doit. Les touristes du monde entier ne viennent plus seulement en France pour voir la Tour Eiffel ou Nôtre Dame. Ils circulent à travers le territoire pour profiter d’une offre dont la plupart des autres pays développés ne disposent pas à un tel niveau de variété et de quantité, des centres urbains aux zones rurales.

Illustration parmi d’autres du respect restauré entre le gouvernement et les élus, la mission qui vient d’être confiée par la ministre Aurélie Filippetti à Sylvie Robert, élue rennaise, « afin de poursuivre et d’approfondir le dialogue historique que le ministre de la Culture entretient avec les collectivités territoriales ». Le ministère souhaite ainsi « renforcer son action et ses liens constructifs avec les collectivités, conformément à la volonté du gouvernement d’une plus grande équité entre les territoires ».

C’est fort de ces principes et de ces ambitions que ce numéro de Communes de France propose dans ce numéro un bref panorama de la mobilisation générale pour la culture, comme le disait François Hollande, au service de l’avenir et du redressement.

Philippe Foussier, Rédacteur en chef