Edito de Pierre Cohen

La Force créative des territoires

Parce qu’elle est inscrite depuis des décennies dans nos politiques publiques, la culture peut apparaître comme un domaine sanctuarisé dans l’action de nos collectivités territoriales. Certes, elle bénéficie, en France plus qu’ailleurs, à gauche plus qu’à droite, d’une véritable attention de la part des élus mais cela ne doit pas nous empêcher de continuer à marteler la nécessité de la placer au cœur de notre action. Car elle est le meilleur garant de l’émancipation personnelle et collective, parce qu’elle forge l’esprit critique et parce qu’elle facilite fortement le vivre ensemble.

Tous les élus qui portent ces questions culturelles connaissent les interrogations qui se font jour.

Comment voulons-nous contribuer à l’éducation d’un enfant qui grandit en ce XXIe siècle ? Que souhaite-t-on lui donner comme bagage ? Comment souhaite-t-on l’armer pour viser le meilleur de son épanouissement personnel ? Comment peut-on le convaincre de la nécessité de préserver ce dont demain, après nous, il héritera lui aussi, et qu’il devra transmettre lui-même ? Comment lui faire passer l’idée que la culture, c’est cette confrontation permanente des sensibilités et des valeurs, des idées et des points de vue, dans un souci de tolérance, terreau même de notre démocratie ? Comment lui faire, très tôt, connaître l’expérience du beau, de l’esthétique, de l’émotion que peut susciter une œuvre créée ou interprétée ?

Comment peut-on, très tôt, encourager la création artistique, l’acquisition de la connaissance ? Comment peut-on adapter une politique culturelle, l’apprentissage d’une pratique artistique, la diffusion d’une œuvre, aux nouveaux enjeux de communication du moment ? Comment faire en sorte que ce que nos collectivités sont capables d’offrir à leurs enfants en terme d’accès à la culture soit complémentaire et non pas concurrent de cette incroyable et infinie source d’information qu’est Internet, utilisé de plus en plus tôt dans la vie des jeunes français ? Doit-on accompagner, décrypter, combattre, s’opposer ?

Comment la culture peut-elle nous permettre de bâtir notre maison commune, de viser la mixité, lorsque les habitudes de consommations tendent à éclater, cloisonner, individualiser ?

Les exigences d’une politique culturelle sont éminemment complexes. C’est pourquoi nous avons souhaité consacrer ce numéro trimestriel de Communes de France à la Culture.

Marqueur fort d’une politique de gauche, le soutien à l’initiative culturelle s’est imposé partout où nous sommes en situation de gestion comme une priorité. Depuis une trentaine d’années, depuis les premières lois de décentralisation, le rôle des collectivités dans l’appui aux initiatives culturelles n’a cessé de s’accroître pour en faire aujourd’hui des acteurs incontournables, points d’appuis essentiels.

Alors que la droite confirmait chaque jour un peu plus le désengagement de l’État en matière culturelle, nous avons su pour notre part, dans nos collectivités, bâtir une politique de la culture active, offensive, créative, facilitant l’accès au plus grand nombre. En n’oubliant jamais que la culture est un élément majeur de citoyenneté, d’émancipation des femmes et des hommes, de lien social, de vitalité, de vivre ensemble, de connaissance.

Partout, nous avons cherché à sensibiliser nos concitoyens, et notamment les plus jeunes d’entre eux, à l’art et à la culture pour ouvrir des portes, faire tomber des barrières, rendre plus accessibles les activités artistiques dans nos musées, nos bibliothèques, nos théâtres, nos écoles d’enseignement culturel et artistique. Dans la rue, aussi, où l’art trouve toute sa place, au plus près de ceux qui n’osent plus pénétrer les lieux dédiés, qu’ils s’imaginaient réservés à une certaine élite.

Partout, et fidèle à son histoire, la gauche a fait le pari de la culture, et avec elle de l’intelligence et de l’innovation, pour mettre nos territoires en mouvement, pour valoriser nos forces créatives, des arts aux sciences, des nouvelles technologies aux industries culturelles.

Cet engagement des collectivités de gauche en faveur de la culture n’a bien sûr pas pu compenser intégralement les missions que l’État n’assumait plus. Nous les avons rencontrés et entendus, tous ces artistes, ces créateurs, ces porteurs de projets qui n’étaient brutalement plus soutenus, dont les droits n’étaient plus protégés. La campagne des élections présidentielles a d’ailleurs mis en lumière l’abîme qui séparait les programmes portés par les deux principaux candidats en la matière.

Pour Communes de France, Aurélie Filippetti, Ministre de la Culture, revient sur ses priorités, pour que la culture puisse reprendre toute la place qui lui revient au sein des grandes politiques publiques, aux côtés des collectivités, dans le contexte fortement contraint que chacun connaît.

Au fil des pages de ce numéro, nous avons souhaité saluer la volonté des collectivités, avec des coups de projecteurs sur des initiatives remarquables – il y en a tellement ! – en abordant la question culturelle dans ses multiples dimensions.

Bonne lecture à tous,

Pierre Cohen