Edito du rédacteur en chef

Edito

Au-delà des frontières

C’est à un panorama européen et international que nous convions nos lecteurs dans ce 6e trimestriel de Communes de France. À l’instar des États, les collectivités territoriales sont immergées dans des problématiques continentales et mondiales dont les effets s’expriment d’une multitude de manières.

Concernant l’Europe d’abord, nous proposons une exploration du paysage institutionnel local. La France est-elle une exception ou doit-on enfin cesser de répéter comme le faisaient à l’envi les ministres de Sarkozy que l’Hexagone dispose de plus de strates de collectivités que ses voisins ? Dénoncer un prétendu « millefeuille » pour la droite, c’était surtout désigner des exécutifs locaux dirigés très majoritairement par la gauche. Car c’est curieusement un procès que la droite ne s’adressait pas à elle-même lorsqu’elle contrôlait il y a quinze ou vingt ans la plupart des collectivités locales…

De la dimension européenne…

Les institutions européennes se sont dotées d’instances dans lesquelles les collectivités locales sont représentées. C’est le cas au sein de l’Union européenne bien sûr mais aussi du Conseil de l’Europe, qui regroupe 47 pays qui englobent outre ceux de l’Union, 20 autres pays de la Turquie à la Finlande, de la Russie à Malte et qui dispose lui aussi de  » chambres  » au sein desquelles les élus locaux se retrouvent, échangent et élaborent, comme l’explique Jean-Claude Frécon, président de la Chambre des pouvoirs locaux. Mais l’Union européenne en tant que telle définit des politiques dont certains volets, comme la politique dite de cohésion, ont un impact direct sur les collectivités locales, sur l’aménagement et le développement des territoires. Nous proposons aussi un éclairage sur l’action communautaire en direction des territoires ultramarins, un dossier que le député européen Patrice Tirolien suit de près à Bruxelles et à Strasbourg.

Les collectivités locales et l’Europe, ce sont aussi leurs  » ambassades « , leurs représentations à Bruxelles, qui leur offrent une visibilité et qui assurent leur présence au plus près des décisions de l’Union. La Maison européenne des pouvoirs locaux, elle, réunit des associations d’élus qui ont décidé de s’unir pour peser dans les processus de décision. Mais, bien sûr, chaque association d’élus dispose de commissions ou de délégations à l’Europe dont il serait fastidieux de faire l’inventaire. Nous avons ici retenu les grandes villes et les petites, l’Association des maires de France ayant de son côté une vocation naturellement plus générale. L’Europe des collectivités locales, ce sont aussi des processus qui se développent avec les eurorégions, qui permettent de concevoir des coopérations régionales à cheval sur deux ou trois pays et dans lesquelles les collectivités territoriales s’unissent pour assurer un développement local harmonieux lorsqu’elles se situent sur un même bassin de vie ou d’activité. Mais l’Europe des élus, c’est aussi celle des sensibilités politiques, et Claudy Lebreton, qui préside la structure des élus socialistes européens, explique dans ces colonnes l’utilité d’une telle fédération des élus locaux.

…à l’ouverture au monde

D’autres aspects de la dimension européenne viennent illustrer l’implication des élus locaux dans les processus communautaires ou en marge. C’est par exemple le cas avec les actions menées par les autorités responsables de transports pour une Europe ferroviaire qui s’appuie davantage sur les acteurs locaux ; c’est le cas avec l’Association des régions européennes, dirigée par la vice-présidente de la Région Île de France Michèle Sabban ou l’AFCCRE, présidée par l’ancien ministre Louis Le Pensec. C’est encore le cas avec la Conférence des régions périphériques maritimes, présidée jusqu’à sa nomination comme ministre de la Défense par Jean-Yves Le Drian et au sein de laquelle Laurent Beauvais, président de la Région Basse-Normandie, joue un rôle actif. Mais au-delà de la seule dimension européenne, ce numéro développe des éclairages sur des actions à vocation internationale. Cités Unies France est la branche française de Cités et gouvernements locaux unis et mène, avec désormais Michel Delebarre à sa tête, des actions de coordination tous azimuts dans le domaine de la coopération décentralisée, comme le 3e Forum de l’action internationale des collectivités réuni à Paris les 2 et 3 juillet l’a encore démontré avec éloquence. On verra aussi dans ce volet qu’un organisme comme le SIAAP, le service public de l’assainissement francilien, mène de son côté des actions concrètes de coopération décentralisée au service du développement. Enfin, ce dossier aborde la problématique de la francophonie, qu’il conviendrait sans aucun doute de creuser davantage.

Au fil de ces pages, on pourra faire un constat : celui d’une large implication des élus locaux dans les processus de représentation et de coopération tant au niveau européen qu’international. Cet engagement témoigne s’il en était besoin que la France demeure une nation très profondément ouverte sur l’extérieur et qui, malgré les clichés souvent véhiculés, ne se conçoit que dans un rapport dialectique non seulement avec le cadre européen mais sait, comme elle le fait depuis quelques siècles, regarder bien au-delà de cette seule et modeste dimension européenne pour se tourner vers le vaste monde. Pour alimenter une réflexion plus théorique, nous proposons aussi dans ce dossier de partager les réflexions du philosophe Charles Coutel et les écrits sur l’histoire de l’Europe de Luuk van Middelaar et d’Antonin Cohen.

Philippe Foussier, Rédacteur en chef