Edito de Pierre Cohen

L’Europe, une réalité

L’Europe est aujourd’hui une réalité concrète pour nos collectivités. Il ne s’agit plus d’être  » pour  » ou  » contre  » l’Europe, mais d’agir pour que sa construction se fasse dans le sens d’une plus grande égalité, du respect de nos choix politiques et de l’établissement des solidarités nécessaires entre les peuples de l’Union européenne. Chacun le comprend aujourd’hui : l’Europe a besoin de relever les défis de l’emploi, de l’écologie et de la solidarité.

Les discussions menées par le Président de la République avec nos partenaires européens, et particulièrement avec la Chancelière allemande Angela Merkel, ont pour but de sauver l’euro, mais aussi de sauver l’esprit européen. Jamais la conscience d’être interdépendants, d’appartenir à un même espace et de partager un destin commun n’avait été aussi prégnante en Europe.

C’est la raison pour laquelle ce premier trimestriel du quinquennat est consacré à l’Europe.

Le 9 mai 1950, Robert Schuman prononçait ce qui allait devenir l’acte fondateur de l’Union européenne : le fameux discours, inspiré par Jean Monnet, sur l’organisation des ressources de charbon et d’acier entre la France et l’Allemagne.

La CECA en 1951, mais plus encore les traités de Rome de mars 1957, ont concrétisé la volonté de partage de la souveraineté exprimée par Robert Schuman. La Communauté économique européenne, devenue depuis Union européenne, a organisé les relations économiques entre les États membres.

À partir des années 1980, François Mitterrand et Helmut Kohl ont joué un rôle décisif dans la relance du processus d’intégration qui mènera à la signature de l’Acte unique européen en 1986. Ce sont eux qui, les premiers, ont réclamé que l’on donne une véritable identité politique à la construction européenne.

Mais les Traités de Maastricht, Amsterdam, Nice ou Lisbonne ne sont jamais parvenus à associer comme il se devait les peuples à l’intégration européenne. Si, au fil des années, les citoyens ont pu émettre des réticences aux différentes étapes de l’intégration, c’est aussi en raison d’une mauvaise articulation entre les démocraties nationales et le centre de décision européen. L’Europe reste toujours loin des préoccupations des citoyens, alors même que ses institutions décident de notre avenir commun, que ses décisions influent sur notre vie de tous les jours.

Aujourd’hui aux responsabilités, la gauche doit sauver un projet mis à mal par les politiques des droites européennes.

La réussite du gouvernement et la réussite d’une Europe véritablement progressiste ne vont pas l’une sans l’autre.

Cette Europe, c’est une Europe de la recherche et de l’innovation, à l’heure où le système capitaliste connaît la plus grave crise que le monde ait connue depuis 1929, entraînant fermetures d’usines et licenciements.

C’est une Europe de la culture et de la laïcité, à l’heure où la paix, de tous côtés, est fragilisée par les régimes autoritaires et les intégrismes.

C’est une Europe de la justice sociale, afin de renouer avec une Europe politique, porteuse non seulement d’un modèle social, mais aussi d’un idéal de société. Nous devons rapprocher l’Europe des citoyens.

Les élus socialistes et républicains travaillent depuis longtemps à cette Europe que nous appelons de nos vœux. L’implication des collectivités locales dans la construction européenne et dans le fonctionnement de ses institutions va croissant. Toutes sont désormais liées à un degré ou à un autre par les décisions européennes. Elles sont d’ailleurs invitées à participer à la définition de ces politiques au sein du Comité des Régions. Nombre de sujets touchent directement la vie de nos collectivités : droit de la concurrence et marchés publics, gestion publique de l’eau, question des services publics locaux…

L’Europe est, certes, un pourvoyeur de moyens à travers les fonds structurels, si importants pour nombre de nos actions. Mais l’Europe est aussi le lieu où se décide un certain nombre de politiques. On connaît l’importance, par exemple, de la directive services pour la vie de nos collectivités. Et l’on sait ce que signifie la défense de nos services publics pour nos concitoyens ! Agir au niveau européen relève donc de l’ardente obligation, de l’impératif politique pour les élus socialistes. À Bruxelles, au sein du Parlement européen ou du Comité des Régions, les élus socialistes se battent pour le respect d’une certaine idée de l’action publique, d’une certaine idée de la République aussi, tant les menées libérales de certains États s’attaquent aux fondements de notre pacte républicain.

Au sein des associations d’élus, ils défendent notre vision de l’action publique. Également actifs en matière de coopération décentralisée, ils démontrent que, pour nous, l’internationalisme n’est pas un vain mot : c’est une manière d’être pleinement socialiste que de bâtir des solidarités par-delà les frontières, dans le respect des autres peuples, des autres nations, des autres cultures.

L’Europe mérite que l’on se batte pour elle. Les Européens méritent qu’on les défende. C’est la logique politique des élus socialistes et républicains, dont vous découvrirez les actions et les réflexions au fil de ces pages.

Pierre Cohen