Edito du rédacteur en chef

Edito

Instituer les citoyens de demain

François Hollande a fait de la jeunesse sa priorité.

Communes de France avait prévu depuis de longs mois de consacrer ce troisième numéro de sa revue trimestrielle aux questions d’éducation et de jeunesse.

Voici donc réunis dans ce même numéro un entretien avec notre candidat à l’élection présidentielle de 2012 et un important volet sur cette problématique de la jeunesse.

François Hollande a donc bien voulu nous accorder un entretien sur les questions relatives à la décentralisation, aux territoires, à la démocratie locale et aux collectivités territoriales. Élu local de longue date, maire, conseiller régional, conseiller général, président d’un conseil général, le député de la Corrèze connaît bien ces problématiques. Il sait combien notre pays a besoin de ses territoires pour se développer, de ses élus pour imaginer des politiques publiques innovantes et qu’il ne saurait y avoir de politique nationale qui négligerait ses déclinaisons locales et qui ferait fi de l’engagement des élus de proximité. La décentralisation impulsée par François Mitterrand, Pierre Mauroy et Gaston Defferre en 1982-1983 a de ce point de vue créé un mouvement irréversible, approfondi par d’autres lois votées sous des législatures à majorité de gauche et que la calamiteuse remise en cause imprimée par Sarkozy et son gouvernement n’a pas réussi à enrayer, même si elle place les collectivités locales dans une situation très délicate, notamment financièrement. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, François Hollande renoue clairement avec l’ambition décentralisatrice que la gauche a su développer depuis 30 ans dans notre pays. Point n’est besoin pour cela d’opposer les collectivités locales à l’État comme la tentation existe parfois ici ou là. C’est au contraire par des relations de respect rétablies entre celui-là et celles-ci que la France retrouvera confiance et visibilité dans l’avenir, comme l’explique François Hollande dans les pages qui suivent. Les élus socialistes et républicains sont depuis toujours convaincus de ces nécessités. Ils seront donc en première ligne pour accompagner la mobilisation en vue de la victoire de la gauche à l’élection présidentielle et ensuite pour soutenir le changement dont la France a si grand besoin.

Notre avenir et notre vitalité

« La jeunesse est notre avenir, elle est notre vitalité, elle est ma priorité, relève François Hollande. Le redressement de notre pays n’aura de sens qui si la jeunesse retrouve confiance en son destin et une place dans le présent ». Ce dossier de Communes de France vient illustrer cette dimension de la campagne présidentielle. Nous avons voulu aborder les questions relatives à la jeunesse selon plusieurs axes. Le rôle des collectivités locales dans le domaine éducatif d’abord, et on verra dans ce dossier que tous les niveaux de collectivités sont concernés, de la commune à la région. Il s’agit aussi de relever combien sont importants d’autres axes des politiques jeunesse : le temps périscolaire, les conseils d’enfants et de jeunes, l’éducation populaire et les loisirs, le volet spécifique petite enfance ou encore la formation après la scolarité.

Quel rôle les collectivités territoriales peuvent-elles jouer pour accompagner mieux encore les politiques en direction de la jeunesse, de la petite enfance, dans le domaine du périscolaire, des loisirs, de la contribution à l’égalité réelle et de la réussite dans l’enseignement primaire et secondaire ? Quelle organisation pour l’école en milieu rural ? Quel bilan pour les contrats éducatifs locaux ? Comment organiser la complémentarité entre les politiques nationales et locales pour faire que la jeunesse, et donc l’investissement sur l’avenir, devienne une priorité de l’action publique ? Des spécialistes et des élus croisent ici leurs expériences pour essayer de répondre concrètement à ces interrogations.

Devoir de justice

La gauche sait mieux que quiconque – et c’est d’ailleurs l’un de ses marqueurs politiques forts – que c’est dès le plus jeune âge que se joue l’essentiel, même si la formation tout au long de la vie permet, dans ses récents développements, de redonner leurs chances à ceux qui en ont eu peu au départ. La question de l’école, celle de la construction des futurs citoyens, de leur institution pour reprendre le vocabulaire toujours pertinent de Condorcet, demeure au cœur de la République. Redonner la priorité à la jeunesse, à l’école de la République, à l’instruction publique sont des impératifs moraux autant que des nécessités sociales. La droite, et celle de Sarkozy notamment, ont beaucoup fait pour affaiblir l’école ces dernières années. Un certain jeunisme en vogue dans les années 80 a aussi contribué à dévaloriser la fonction éminente des enseignants, en proclamant par exemple que les élèves avaient autant à apprendre des professeurs que les professeurs des élèves. Il convient sans aucun doute de revenir à une conception exigeante de la formation des citoyens de demain. Et là encore, Condorcet demeure incontournable. Ainsi dans son discours devant l’Assemblée législative du 2 avril 1792 posait-il les principes de l’instruction publique : « Offrir à tous les individus de l’espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d’assurer leur bien-être, de connaître et d’exercer leurs droits, d’entendre et de remplir leurs devoirs. Assurer à chacun d’eux la facilité de perfectionner son industrie, de se rendre capable des fonctions sociales auxquelles il a droit d’être appelé, de développer toute l’étendue des talents qu’il a reçus de la nature et, par là, établir entre les citoyens une égalité de fait et rendre réelle l’égalité politique reconnue par la loi. Tel doit être le premier but d’une instruction nationale ; et, sous ce point de vue, elle est pour la puissance publique un devoir de justice ». Il est grand temps que ces principes irriguent à nouveau les décisions de la puissance publique.

Philippe Foussier, Rédacteur en chef