Edito de Pierre Cohen

NDLR: Cet éditorial a été rédigé avant les attentats qui ont frappé Paris et Saint-Denis dans la nuit du 13 novembre.

 

La gauche et la sécurité: Priorité aux résultats

La sécurité est un critère majeur de jugement des politiques publiques. C’est aussi un marqueur fort de clivage entre la gauche et la droite. La droite a toujours estimé que seule la sanction peut faire baisser le nombre de crimes et de délits. C’est pour cela que Nicolas Sarkozy, en tant que ministre de l’Intérieur puis comme Président de la République, s’est lancé dans une surenchère permanente, avec la mise en place des peines-planchers, avec l’adoption d’une loi après chaque fait divers, avec la suppression de la police de proximité pourtant saluée par bon nombre d’acteurs de terrain, tout en supprimant 12 000 postes de policiers et de gendarmes. Le bilan qu’il a laissé en 2012 montre pourtant qu’une telle action sans prévention ne permet pas de faire reculer le nombre d’actes contre les personnes et contre les biens.

Prévention/Sanction

Au contraire, nous estimons à gauche qu’il est nécessaire de comprendre ces phénomènes, de les expliquer, pas pour les excuser, mais pour développer des mesures de prévention et de médiation afin de rendre la sanction plus efficace. Nous pensons qu’il est indispensable d’établir un équilibre entre le dialogue permettant d’anticiper et de désamorcer les faits de violence avant qu’ils ne se produisent, et une sanction ferme et adaptée pour répondre aux actes délictueux. Nous estimons que la médiation doit constituer un volet au moins aussi important que celui de la sanction.

Pour cela, la puissance publique doit renouer un lien de confiance avec la population, que cela prenne la forme de médiateurs cherchant à régler les conflits sur le terrain ou de forces de police déployées par secteurs, plus à même de connaître chacun des habitants des quartiers dans lesquelles elles exercent leur métier. La sécurité passe par la proximité, par une prévention concrète, sur le terrain. Cette vision du monde nous a bien souvent été reprochée par la droite, trop contente de caricaturer l’action de la gauche comme celle de « laxistes » alors même que cette action porte bien souvent des résultats.

Politique concrète

La gauche a aujourd’hui un bilan lui permettant de contredire cette thèse, tant par son action nationale que locale. Le gouvernement a ainsi cherché à revenir sur cette façon d’aborder les questions de sécurité et de justice, ce qui n’est pas chose aisée dans une France où la « méthode Sarkozy » avait envahi les médias et les esprits pendant une dizaine d’années. Ainsi, la création de 80 zones de sécurité prioritaires (ZSP) depuis 2012, qui visent à assurer une sécurité de proximité dans les quartiers sensibles, en mobilisant prioritairement des postes dans ces zones et en favorisant un travail sur des périmètres restreints, commence à porter ses fruits. Le déblocage de crédits supplémentaires pour le ministère de l’Intérieur et la mobilisation d’importants moyens pour lutter contre la menace terroriste à travers le plan Vigipirate, placé dans sa phase « alerte attentat » depuis janvier 2015, sont autant de signes du sérieux et de la rigueur avec laquelle le gouvernement s’attelle à sa tâche.

De leur côté, les élus locaux se trouvent en première ligne pour assurer la sécurité et la tranquillité publiques. Forts de leur connaissance de leur territoire et de ses spécificités, ils peuvent développer des réponses adaptées aux problèmes concrets rencontrés par la population. Les exemples d’initiatives locales en la matière ne manquent pas, comme le montre ce nouveau numéro de Communes de France : programmes de prévention transversaux, décloisonnement des politiques publiques alliant les questions de sécurité à l’action éducative ou à la politique de la ville, autant de mesures ambitieuses et élaborées répondant à l’impératif de sécurité pour tous.

Approche partenariale

Pour que les politiques de prévention et de sécurité puissent être efficaces, il est indispensable qu’elles soient élaborées dans le cadre d’une approche partenariale, d’une coproduction permettant de prendre en compte l’opinion de l’ensemble des acteurs et d’ainsi progresser dans une démarche pragmatique.

Le partenariat entre l’État et les collectivités territoriales est bien sûr fondamental. Quand l’État est en charge de la fonction régalienne d’assurer la sécurité et la justice sur tout le territoire, et particulièrement contre le grand banditisme et les trafics de drogue, les élus locaux doivent garantir la tranquillité publique et assurer la prévention dans leurs collectivités. Des cadres de concertation entre élus et représentants de l’État facilitent cette coproduction, comme en matière de délinquance avec les conseils locaux ou intercommunaux de prévention de la délinquance (CLSPD/CISPD).

Ces politiques doivent également être élaborées en partenariat avec les représentants de la police, de la gendarmerie et du monde judiciaire. En cela, l’exemple des maisons de justice et du droit (MJD), dispositif créé en 1998 institutionnalisant un partenariat entre élus, magistrats, policiers et associations, constitue une référence.

Plus largement, cette coordination doit donner à la parole à l’ensemble des acteurs concernés : associations, riverains, monde de la nuit, afin de dialoguer avec tous pour construire des politiques publiques équilibrées et efficaces. Les ZSP pourraient constituer un niveau concret d’institutionnalisation du dialogue, pour que les moyens particuliers qui leur sont dévolus puissent s’articuler avec une mobilisation et un travail de l’ensemble des acteurs.

Pierre Cohen, président de la Maison des élus