Edito du rédacteur en chef

Edito

L’ère des territoires innovants

C’est à la fin 2015 qu’auront lieu les élections régionales et départementales. Dans cette perspective, Communes de France a souhaité proposer à ses lecteurs un panorama des réalisations des conseils régionaux et généraux durant ces dernières années. Nous avons pris le parti de mêler les deux niveaux de collectivités pour illustrer la complémentarité de leur action. Car, ce que démontre l’action des Départements et des Régions, comme celle des communes d’ailleurs, c’est que leurs initiatives sont toujours menées dans l’optique de répondre aux besoins des habitants mais aussi de leur fournir le meilleur service – public –, le plus économique et souvent aussi le plus innovant.

Émulation simulante

Les exemples fournis sont éloquents. Les Départements et les Régions dirigés par des équipes socialistes et républicaines illustrent combien les libertés locales sont génératrices d’avancées sociales, territoriales, économiques, culturelles, combien cette décentralisation, poursuivie dans l’esprit des grandes lois Mitterrand-Mauroy-Defferre, suscite une variété considérable de politiques publiques pour le profit de tous, dans le respect de l’intérêt général, souvent aussi en appui des politiques nationales.

Ces dernières années, et notamment la décennie 2002-2012, ont été souvent rudes pour les collectivités locales. Des transferts de compétences non compensés dans la foulée des lois Raffarin, des dotations chroniquement en baisse, globalement une réduction des capacités financières pour l’ensemble des niveaux de collectivités… Et dans ce contexte, pourtant, elles ont poursuivi leurs missions, assuré celles dont elles avaient l’obligation, notamment dans le domaine social, et peut être aussi réévalué leurs priorités. Là où les spécificités locales le commandaient, là où les besoins en termes d’aménagement du territoire l’exigeaient, là aussi parfois où les équipes dirigeantes des départements ou des régions avaient une inclination particulière, des politiques publiques locales ont été orientées plus ou moins prioritairement dans tel ou tel domaine. On a assisté ces dernières années à une véritable éclosion de réalisations innovantes, dans une émulation stimulante pour les collectivités sans qu’elle ne se place sur le terrain d’une concurrence ou d’une compétition comme la défend et la promeut la droite. À la compétitivité des territoires entre eux, les équipes de gauche ont toujours préféré mettre en avant une conception solidaire des aménagements, des équipements, des partenariats avec les structures communales et intercommunales.

Pragmatisme et équilibre

L’autre intérêt de ce panorama est qu’il permet de mesurer finalement assez finement l’impact des politiques locales dans des échelles de temps qui sont celles du moyen terme, balisées pour certaines d’entre elles par les échéances électorales. Dans les départements et les régions, comme dans les communes d’ailleurs, on peut assez facilement et rapidement évaluer le caractère positif – ou négatif – des politiques publiques conduites par la collectivité. Leur proximité avec le citoyen permet aussi de sa part une évaluation rapide : les dispositifs en direction des personnes âgées, l’équipement des lycées, la modernisation du réseau des TER, l’entretien des routes, etc., se font-ils efficacement ou pas ? Le citoyen juge et sanctionne. Et on s’aperçoit ainsi avec acuité que les collectivités locales se réforment, se modernisent, s’adaptent, bien plus rapidement que l’État qui, pourtant, leur adresse souvent des récriminations avant même de balayer devant sa porte. Car les collectivités locales ont la particularité d’être davantage « surveillées » que bien d’autres entités publiques : par les citoyens, par l’État et ses administrations, par les juridictions administratives et financières. On ose ainsi espérer que ceux qui se font les censeurs parfois implacables des collectivités locales sont irréprochables, rue Cambon ou ailleurs…

Chacun le sait, le président de la République a souhaité engager une réforme territoriale d’ampleur, que le Premier ministre et le gouvernement sont chargés de mettre en oeuvre. Le Parlement a commencé à s’en saisir et les mois à venir nous éclaireront plus précisément sur le contenu final qui en résultera. Mais quoi qu’il en soit, les élus socialistes et républicains peuvent se montrer raisonnablement fiers de leurs réalisations dans les conseils généraux et régionaux. Alors que des débats parfois très théoriques – on oserait presque dire théologiques – entraînent des controverses sans fin sur les métropoles et leur environnement, sur la primauté à donner ou non à l’urbain sur le rural, à l’exercice ou non d’une clause de compétence générale ici encensée, là décriée, on verra dans ce numéro comment, de manière pragmatique, sans controverses inutiles et parfois stériles, les Départements et Régions de gauche fabriquent ou rétablissent un développement équilibré des territoires, une complémentarité harmonieuse et non concurrentielle entre les zones urbaines et les espaces ruraux, comment finalement tout cela s’organise dans l’intérêt général du pays et des citoyens. On verra aussi ce qui a caractérisé le dernier mandat des conseils régionaux élus en 2010 et des conseils généraux depuis les deux derniers renouvellements, comment ils ont continué – eux – à présenter des budgets en équilibre et comment ils ont participé à la croissance et au développement national en assurant près des trois quarts des investissements publics du pays.

Alors qu’un climat parfois teinté de poujadisme se déploie dans les médias ou au sein d’une élite technocratique rarement aux prises avec les réalités humaines, et dont certains « instituts » ou « fondations » se sont fait la spécialité de le propager, on pourra à travers ce numéro constater que les élus départementaux et régionaux et les collectivités qu’ils animent ne ressemblent pas à la caricature dépréciative qui leur est si fréquemment renvoyée.

Philippe Foussier, Rédacteur en chef

 

Commander ce numéro