Edito du rédacteur en chef

Un chantier prioritaire pour la gauche 

C’est à l’un des grands chantiers du quinquennat que Communes de France a choisi de consacrer ce nouveau numéro de son trimestriel. Loin des sujets à forte charge polémique, loin des écrans radars des commentateurs et d’une presse qui préfère les sondages aux dossiers de fond et les petites phrases aux avancées sociales, la question de l’adaptation de la société au vieillissement constitue pourtant un volet essentiel de l’action publique.

Lancée en novembre 2013, la concertation voulue par le président de la République et le Premier ministre a pris fin mi-février. Le Conseil économique, social et environnemental est saisi dans la foulée des principales mesures du projet de loi d’orientation et de programmation pour l’adaptation de la société au vieillissement afin que le texte soit examiné par le Parlement courant 2014. Il s’agit là d’une entreprise très ambitieuse dont le gouvernement a chargé la ministre Michèle Delaunay de son suivi.

Très ambitieuse car il ne s’agit pas en effet de prévoir un volet spécifique pour une partie des aînés, comme l’avait fait par exemple la très importante loi sur l’APA, déjà conçue par un gouvernement de gauche, qui concernait les seules personnes âgées en situation de dépendance. L’ambition de la loi d’orientation et de programmation dont il est aujourd’hui question concerne tous les segments de la vie sociale et toutes les personnes âgées.

Au delà de la dépendance

Si 15 millions de personnes sont âgées de plus de 60 ans aujourd’hui en France, elles seront 24 millions en 2060, dont 12 millions de plus de 75 ans et environ 200 000 centenaires. Et dans 40 ans, le nombre de personnes âges de 85 ans et plus sera multiplié par 4, passant de 1,4 à 4,8 millions. L’adaptation de la société au vieillissement entend prendre en compte l’ensemble de ces données pour préparer au mieux la France à des réponses adaptées. Et là encore, si la question de l’autonomie est fondamentale, il faut rappeler que seules 7 % des personnes âgées de plus de 60 ans sont atteintes de maladies chroniques invalidantes qui entraînent la perte d’autonomie. Les personnes âgées, ce sont aussi quelque 6 millions de bénévoles et on ne saurait donc réduire la problématique à la seule question de la dépendance.

Rappelons comment le Premier ministre Jean-Marc Ayrault expliquait en quoi ce projet constituait l’un des grands chantiers du quinquennat, en novembre dernier. « Non seulement parce qu’il concerne chaque Français, non seulement parce qu’il nous touche dans notre vie familiale, mais parce qu’il est au cœur du modèle de société que nous voulons construire. Un modèle de société plus fraternel, plus solidaire. Un modèle de société qui ne repose pas sur les seules valeurs du plus fort, du plus jeune ou du plus rapide, mais qui s’inscrit dans une mémoire et se projette dans la durée. Un modèle de société où chacun a conscience de ce qu’il doit aux autres ». Le chef du gouvernement ajoutait : « Nous avons une dette à l’égard de nos aînés car ce que nous sommes, ce que nous avons, c’est aussi à eux que nous le devons. C’est une dette que nous devons acquitter, chacun à la place où nous sommes, parce que nous sommes une Nation et que nos destins individuels sont liés à ceux des autres dans un destin commun qui est celui de la France ». Plus que dans beaucoup d’autres domaines, cette adaptation de la société au vieillissement va à l’encontre de l’air du temps. Ce chantier se situe en effet à rebours de l’individualisme triomphant, comme le Premier ministre le développe. Il s’inscrit aussi contre cette propension à ne se tourner que vers l’avenir et à rejeter ce qui nous précède, générations passées y compris. C’est d’ailleurs ce qui motive grandement le jeunisme qui imprègne si totalement notre société, et que la publicité ou la multiplication des « enfants rois » nous renvoie sans cesse.

C’est l’importance de la mémoire, celle de la solidarité, c’est aussi une manière concrète de faire Nation en soulignant l’interpénétration des destins de tous ses membres. Il fait appel au civisme, loin de cette citoyenneté adjectivée dont les médias à la mode nous rebattent les oreilles et qui ne se conçoit que dans la revendication de droits et jamais dans la conscience des devoirs. À rebours de l’individualisme, à rebours du libéralisme, du jeunisme, de la vitesse et de la rapidité, ce grand chantier sera à coup sûr un grand acquis du quinquennat et de la législature.

La solidarité comme modèle

Pour le mener à bien, le gouvernement s’est donné les moyens d’associer tous les acteurs. Et les collectivités locales sont naturellement au coeur de la problématique. Notamment les conseils généraux, dont il est pourtant plutôt ces temps-ci de bon ton de chiffrer la possible disparition, comme les gazettes s’y délectent régulièrement, suivant ainsi les prescriptions de quelques technocrates rarement sortis de leur bureau parisien. Ce sont aussi les communes et les CCAS qui sont fortement impliqués et dont la feuille de route tracée par le gouvernement a prévu également l’implication dans ce chantier qui concerne, on le verra en détail dans ce numéro, tous les aspects de la vie sociale : transports, logement, culture, santé, solidarité, urbanisme, etc. « Un projet qui vise à replacer la solidarité au coeur de notre modèle », assurait Jean-Marc Ayrault en présentant ce chantier, qui appelle la mobilisation de tous.

Philippe Foussier, Rédacteur en chef