Edito du rédacteur en chef

Edito

Cap sur les municipales 2014

Dans un semestre auront lieu les élections municipales. Premières élections générales du quinquennat de François Hollande et de la législature d’un gauche majoritaire, elles auront à coup sûr valeur de test national. On sait ainsi comment certains crus sont associés à des phases de gains ou de reflux de tel ou tel camp. Parfois, quelques basculements symboliques permettent de masquer des mouvements plus généraux. L’édition 2014 n’échappera pas à cette implacable logique que nombre de médias, dans leur soif inextinguible de simplification, voire de simplisme, alimentent avec délice.

Premier « test » électoral national depuis 2012, les élections municipales de mars 2014 seront suivies au seuil de l’été des européennes puis des sénatoriales à l’automne. Les équipes municipales socialistes et républicaines évoluent dans un contexte global qui mêle des considérations locales aux préoccupations nationales. La droite a beaucoup insisté lors des derniers scrutins sur le fait que la gauche disposait de « tous les pouvoirs », et il est vrai que la majorité à l’Assemblée nationale, au Sénat, dans les conseils généraux et régionaux ainsi que dans les villes – en termes de nombre d’habitants- constitue une configuration inédite dans l’histoire politique française pour la gauche. Certes, la détention de la majorité politique ne fait pas tout, et la gauche est bien placée pour savoir que les pouvoirs économique, financier et médiatique disposent d’un poids considérable dans nos sociétés développées. Mais cette majorité politique permet en tout cas un affichage, celui d’une cohérence, celui d’une complémentarité, celui d’une efficacité au service de la solidarité et de la justice sociale. C’est cet atout que la gauche – dans une diversité qu’elle sait gérer au quotidien dans le cadre de la gestion locale – doit pouvoir valoriser dans la perspective des échéances électorales de 2014.

Le bilan de la droite

On l’a souvent lu dans les colonnes de Communes de France sous la plume d’élus de différentes strates, il n’est plus – hormis dans quelques domaines régaliens – de politique nationale qui ne puisse s’appliquer et se déployer sans une dimension locale et donc sans une participation des collectivités territoriales. Aménagement du territoire, et notamment numérique, transition énergétique, politique de transports, urbanisme et logement, développement économique, formation et emploi, santé publique, enfance et famille, prise en charge des personnes âgées et du handicap, sécurité et prévention, politique éducative, action culturelle, développement touristique et même coopération internationale… On pourrait dresser une liste bien plus longue qui témoignerait de cet état de fait, finalement assez récent à l’échelle de l’histoire, qui puise très largement sa source dans le mouvement de décentralisation lancé par la gauche il y a 30 ans. Rappelons comment la droite s’est opposée avec constance à cette évolution, comment elle vota contre les lois de 1982-1983, comment durant le quinquennat de Sarkozy, prolongeant d’ailleurs celui de Chirac, elle a stigmatisé les collectivités locales auxquelles elle n’avait eu de cesse – avec les lois Raffarin notamment – de transférer de nouvelles responsabilités en les étranglant financièrement pour pouvoir ensuite mieux dénoncer leur prétendue incurie ou leur soi-disant folie dépensière. Ce temps n’est pas si lointain et il aura fallu beaucoup de ténacité et d’opiniâtreté aux élus locaux pour résister à cette démagogie anti-élus que la droite a alimentée avec une belle constance pour un profit électoral qui lui échappe d’ailleurs le plus souvent. Dans le petit jeu pervers de la stigmatisation des élus du peuple, l’extrême droite tire toujours les marrons du feu.

Justice sociale

Au-delà de ces facilités politiciennes méprisables dans lesquelles la droite est hélas engluée, il demeure une réalité. C’est celle de la formidable vitalité des territoires, de l’inépuisable inventivité des politiques publiques locales, de ce volontarisme territorial qui, malgré la crise, continue à préserver le développement, à initier de nouvelles pistes, à modifier durablement les pratiques urbanistiques ou à accompagner les nouveaux modes de vie. Ce sont en effet les collectivités locales qui sont en première ligne pour amortir les effets d’une crise durable, qui a connu des épisodes divers mais qui finalement imprègne nos évolutions économiques et sociales depuis le premier choc pétrolier de 1973 avec les conséquences d’une donnée majeure depuis lors, la fin du plein-emploi. On trouvera donc dans les pages qui suivent un panorama non exhaustif des politiques des municipalités socialistes et républicaines et des intercommunalités qui démontrent combien la gauche peut et doit être fière de ses réalisations et de sa gestion. De la même manière que la gauche s’est pleinement mobilisée pour les victoires électorales de 2012, et le rôle des élus locaux y a été déterminant à l’instar de ce qui s’était produit en 1981, c’est à nouveau un grand mouvement général qui doit permettre aux équipes de gauche en place et à celles qui sont en position de conquête de connaître de nouveaux succès. Non pas pour elles-mêmes, mais parce que la justice sociale et le développement dans la solidarité sont plus que jamais indispensables dans notre pays.

Philippe Foussier, Rédacteur en chef