Edito du rédacteur en chef

Edito

Le nouveau pacte productif

S’il est un domaine dans lequel les collectivités territoriales s’impliquent, c’est bien le développement économique et l’emploi. Et s’il est impératif pour certaines politiques qu’une coordination s’impose entre le niveau national et le local, dans cette matière, les collectivités territoriales occupent souvent seules le terrain. On serait en effet bien en peine de déceler une stratégie de développement économique dans les décisions du gouvernement, comme de ceux du quinquennat Chirac. Les « coups » médiatiques et les opérations à courte vue s’enchaînent sans que personne ne puisse percevoir une quelconque cohérence globale. Dès lors, les actions des collectivités locales sont d’autant plus indispensables au développement économique du pays et elles n’ont pas été freinées par la fin de la taxe professionnelle, même si elles connaissent pour une très grande part d’entre elles des situations financières très difficiles. Le dernier rapport de l’Observatoire des finances locales, que préside André Laignel, est là pour le démontrer s’il en était encore besoin.

Patriotisme productif

Pour autant, on ne saurait se satisfaire durablement d’une telle situation, qui laisse les collectivités locales affronter seules les effets de la crise et répondre au « laisser faire » des politiques de la droite. Une cohérence entre une stratégie nationale de développement économique et l’action locale s’impose. L’efficacité le commande comme la situation de l’emploi. De ce point de vue, la perspective ouverte par François Hollande d’un « nouveau pacte productif » reposant sur l’investissement, la connaissance, la recherche et la formation dessine les contours d’une véritable reconquête économique. Et cela passe d’abord par une confiance renouvelée dans les capacités du secteur secondaire, loin des exhortations des tenants d’une « France sans usine ». « Je suis ici pour dire à la France qu’elle doit rester une grande nation industrielle », affirmait ainsi François Hollande le 7 décembre dernier au Creusot et à Montceau-les-Mines. « L’horizon ne peut pas être le déclin, ajoutait le candidat à l’élection présidentielle, venu parler aux salariés d’Alstom, du redressement de la France, de la production, de la croissance ». Face aux pertes d’emplois industriels, François Hollande a réaffirmé la nécessité de « produire plus et mieux, un enjeu capital pour la place de la France, pour l’emploi, comme pour notre capacité à redistribuer de la richesse ». En soulignant aussi son attachement au « patriotisme productif » lors de son déplacement en Saône-et-Loire, le député de la Corrèze assigne à l’État un rôle de stratège dans la définition et la réalisation de la politique économique qui sera mise en œuvre à partir de l’été prochain.

En parlant de production et de croissance, François Hollande repositionne aussi le cadre conceptuel dans lequel doit s’incarner une politique économique et de l’emploi de gauche. D’abord parce qu’on ne peut se résigner à une absence de croissance et qu’il faut se donner les moyens d’en stimuler les leviers et ensuite parce qu’il ne saurait être question de céder aux modes qui saisissent certaines forces politiques sur les thématiques de la « décroissance ». Le renoncement au progrès et le malthusianisme n’appartiennent décidément pas au logiciel idéologique de la gauche et ce serait faire un mauvais calcul à moyen et long terme que de crédibiliser ces raisonnements. On sait qu’ils sont aussi guidés par des calculs de type sociologiques selon lesquels le PS devrait définitivement abandonner les classes populaires, ce que l’on appelait jadis la classe ouvrière. C’est là faire un bien mauvais calcul, ne serait-ce qu’électoralement parlant. Depuis que la gauche et la droite se sont constituées dans ce pays, dans le mouvement de la Révolution française, la droite a toujours représenté les possédants et la gauche les « travailleurs », les employés, les ouvriers, les opprimés, pour user d’un vocabulaire certes daté mais parlant. Bien sûr, il y a toujours eu des exceptions et, pour reprendre l’expression de Michel Audiard à propos des patrons de gauche, « il y a des poissons volants mais ils ne constituent pas la majorité du genre ». Or, la droite aura toujours la vocation et la volonté de représenter les puissants, on peut tabler sur sa constance. Si la gauche considérait que les classes moyennes et populaires doivent être abandonnées, elle commettrait une triple erreur : politique, morale et arithmétique.

Une autre politique

Dans ce dossier, Communes de France propose donc un tour d’horizon des actions que mènent les collectivités territoriales de différentes strates et qui illustrent le dynamisme local, y compris et parfois même surtout dans des zones qui ont été durement frappées par les restructurations industrielles passées ou plus récemment par les effets de la crise mondiale. Et lorsque le gouvernement accuse les collectivités locales d’être un frein à la croissance, lorsqu’il anone les antiennes du rapport Attali selon lesquelles en supprimer un grand nombre permettrait de renouer avec une croissance aujourd’hui déclinante, ce gouvernement use d’arguments politiciens médiocres et de surcroît il ment. Car, sans le dynamisme des collectivités locales – elles sont à l’origine de près des trois quarts des investissements publics en France –, notre pays serait en piètre état. Alors que la crise produit des effets toujours plus tragiques sur la précarisation de l’emploi, la droite ne trouve rien de mieux à faire que de continuer à privilégier les plus riches et à fragiliser les plus démunis. Tous les élus locaux constatent les sollicitations croissantes dont sont l’objet les CCAS par des populations fragilisées, précarisées, paupérisées. L’espoir est immense au sein du peuple de gauche– et même au-delà – pour une alternance qui soit aussi une alternative, pour une autre politique économique et sociale, une politique de développement et de redistribution des richesses. Le rôle de la gauche est, une fois de plus, d’être au rendez-vous de l’histoire, car les démagogues veillent avec leurs solutions expéditives fondées sur l’exclusion et la haine de l’autre.

Philippe Foussier, Rédacteur en chef