Christine Martin est l’élue de la semaine

La batteuse toujours battante

Un peu d’études, beaucoup de musique, l’engagement syndical, puis la politique : pour schématiser, tel est le cheminement de Christine Martin à Dijon

Issue d’un milieu ouvrier, née en 1961, elle a vécu dans un petit village à 30 km de Dijon, qu’elle quitte à l’âge de 18 ans pour rejoindre l’université. Mais il faut être franc, c’est surtout la musique qui l’intéresse alors. Elle est batteuse dans le groupe Norma Loy, issu de la mouvance punk, qui s’oriente alors vers des esthétiques plus compliquées, pas très « glamour », pas très mélodieuses, dites new wave, cold wave. Elle s’y investit de 1981 à 1992.
Cette époque est pour elle celle des petits boulots, et de la découverte du syndicalisme, en réaction à l’indélicatesse de certains patrons. « L’injustice, dit-elle, est pour moi quelque chose que j’exècre, pour les autres aussi. Je ne baisse jamais les bras. » Soutenue par un militant de la CFDT, elle se bat jusqu’aux prud’hommes, et l’emporte. Naturellement, elle s’engage ensuite dans ce syndicat.
Voulant en finir avec les petits boulots et un parcours professionnel un peu chaotique, elle fait une formation dans le domaine de la PAO, rencontre Denis Clerc, le fondateur d’Alternatives économiques, publication dont certains services sont à Quetigny, pas loin de Dijon. Elle est embauchée, se lance à fond dans son métier et dans le militantisme, devient déléguée du personnel, déléguée syndicale, et membre du conseil d’administration.

Adjointe au maire depuis 2008
Du syndicat, elle passe au Parti socialiste, en 2005. Les histoires d’engagement, pour elle, sont toujours des histoires de rencontres… de la CFDT à Alternatives économiques. Pour le PS, c’est François Rebsamen, qui a ravi Dijon en 2001 à la droite. Elle a toujours voté socialiste mais, après réflexion, entend s’engager : « Être à l’extérieur ne me convenait pas. J’ai pris le temps pour rentrer au Parti socialiste, c’était le fruit d’une vraie réflexion, d’un cheminement. » En 2008, le maire lui demande d’entrer dans sa liste municipale : elle accepte. Mais tout se bouscule alors : « trois quarts d’heure avant le conseil municipal d’installation, j’apprends que je vais être adjointe au maire ! J’ai accepté. Je suis entrée dans une autre vie. » L’aventure continue aujourd’hui : pour son deuxième mandat, le maire lui donne la délégation à la culture pleine et entière. Et quelle délégation… les associations culturelles, les archives, les établissements culturels (bibliothèque, musée, conservatoire, etc.), les régies autonomes (l’Opéra, la salle de musique actuelle), les lieux d’art, et tant d’autres secteurs encore. On la comprend sans peine quand elle lance : « J’y passe ma vie, mes journées et mes soirées. » À plein-temps, en effet, car depuis 2014, par honnêteté, elle a suspendu son contrat de travail à Alternatives économiques, elle ne vit que de son indemnité d’élue.
Quand elle parle de la culture à Dijon, elle s’enthousiasme : « Il y a dans cette ville une politique volontariste dans le domaine de la culture, les musées et les bibliothèques sont gratuits, la médiation et l’éducation artistique et culturelle sont portées à un très haut niveau, nous avons mis en place des résidences pour artistes sur de longues durées, etc. Nous menons une politique culturelle de longue haleine, pas seulement pour cocher des cases dans un dossier de demande de subvention. »
Elle continue : « J’ai beaucoup d’appétit pour cette ville. Mon bonheur vient du fait que je peux rendre des gens heureux : les acteurs de la culture, ceux qui la reçoivent. Mon plus grand souhait c’est que le plus possible de Dijonnais puissent ressentir de l’émotion, de la joie, du questionnement. »
Christine Martin ne s’arrête jamais.
Denis Lefebvre